29 Mars 2011
Monsieur Le député maire de Tremblay en France
Monsieur le Président du CRCM ile de France centre
Monsieur le Président de l’UAM 93
Mesdames et Messieurs les Maires de Villepinte et de Sevran
Mesdames et Messieurs les Elus municipaux,
Messieurs les représentants des cultes,
Mesdames et Messieurs les présidents d’associations,
Mesdames, Messieurs, mes chers concitoyens,
Au nom des membres de notre association, de ses fidèles et de ses adhérents, je vous remercie chaleureusement et fraternellement de nous avoir honorés de votre présence ce matin. Permettez-moi une brève visite dans l’histoire cultuelle de notre ville.
Nous sommes en 1543, l’année où fut édifiée L'église Saint-Médard, premier lieu de culte à Tremblay.
En 1905 date historique de la séparation de l’église et de l’état il y’a 798 habitants à Tremblay qui disposent de leur lieu de culte. Les années vont passer et d’autres lieux de culte vont voir le jour.
Nous voilà rapidement à Tremblay dans les années ‘80 avec une présence de travailleurs immigrés ramenés de leurs pays pour construire des autoroutes, des chemins de fer et autres infrastructures en France.
La plupart de ces travailleurs sont de confession musulmane. Pendant qu’ils participent au développement économique de la France, les enfants vont à l’école, rêvent dans la langue de Molière et n’aspirent qu’à la réussite dans le seul pays qu’ils connaissent.
Les parents portent en eux depuis toujours une pratique et un respect à la religion. Le besoin d’avoir un lieu de culte digne se fit sentir. Une première demande aux autorités locales eut lieu dans les années 80.
Les Tremblaysiens musulmans, après avoir dépanné plusieurs années dans des endroits négligés, ni dignes ni conformes, après un dialogue constructif avec nos élus, nous achetons le terrain au prix des domaines et nous commençons la construction de la 1ère mosquée de Tremblay en France le 25 juin 2005. Tremblay comptait 35 000 habitants.
Aujourd’hui, 28 mars 2011, les musulmans de Tremblay ont l’immense joie de vous recevoir, vous femmes et hommes, représentants de la société civile. La mosquée a le grand honneur de recevoir la république et ses plus hauts dirigeants.
C’est un beau jour pour Tremblay, pour notre département 93. C’est un beau jour pour notre religion et pour la France tout simplement. Un jour d’égalité puisque la deuxième religion de France dispose enfin dans notre ville d’un lieu de culte digne et conforme à ses besoins.
La construction n’a pas été de tout repos, mais ce que nous avons sous les yeux aujourd’hui, votre présence et la joie que nous partageons compensent quelques sacrifices...
Si certaines mosquées ont étés construites à la périphérie des villes ce qui peut laisser croire à une volonté d’éloigner le musulman et donne l’image d’un islam subalterne aux autres cultes. La volonté de notre député maire Monsieur ASENSI a été claire dès le départ. Il a fait le choix d’un emplacement central, bien desservi et identifiable, dans un environnement de qualité. Je lui exprime toute ma gratitude pour ce choix courageux et valorisant, pour la joie d’aujourd’hui et pour l’histoire de demain.
Je vois là une reconnaissance vis-à-vis des premières générations de migrants qui ont contribué au développement économique de notre ville. Si nous vivons ce moment aujourd'hui, c'est d'abord grâce à eux et nous devons leur rendre cet hommage.
Cette belle mosquée, c’est l’œuvre et la fierté de toute une communauté qui a su fédérer toutes les énergies, mobiliser tous les talents, convaincre, batailler, franchir tous les obstacles pour la réaliser sans l’aide financier de l’étranger.
Au-delà de la construction de nos lieux de cultes qui marquent l'encrage définitif de la communauté dans la société française, au-delà de la place de l’Islam qui est entrain de se greffer sur le sol français, et qui suscite le débat actuel, c’est notre place en France que nous sommes entrain de dessiner pour les prochaines décennies. Cela se passe dans la douleur et la souffrance. Nous ne sommes pas la première communauté à souffrir pour réussir.
Les conditions difficiles et la barrière de la langue ont poussé la première génération à se laisser croire au mythe du retour un certain temps. Mais leurs enfants ainsi que les enfants des enfants ne sont plus des immigrés.
Le carré musulman du cimetière intercommunal de Tremblay peut en témoigner, il est déjà presque saturé. On y trouve des parents reposant en paix dont les enfants ont décidé d’enterrer ici en France, prêt d’eux. On y trouve aussi des enfants de la 2ème, 3ème ou 4ème génération enterré à coté de leurs parents.
Ces nouvelles générations, sont nées et ont grandi ici. Ils s’estiment 100% français et 100% musulmans. Ils connaissent leurs devoirs mais leurs droits aussi, ils sont éduqués, imprégnés des valeurs de la démocratie et de la République et ils votent de plus en plus.
Ils osent même faire de la politique et aspirer à des postes valorisants. Je crois bien que s’ils persévèrent, ils trouveront un jour le code qui ouvre les portes de l’assemblée.
Ce ne sont pas les bateaux, ni les avions qu’il faut leur proposer. C’est plutôt où les enterrer dans la dignité et le respect de leur croyance comme tout autre français à la fin de sa vie !
Sinon, que proposer à ces nombreux français de souche qui ont choisi les sagesses islamiques et cette religion qui s’est révélée conforme à leurs aspirations ? Faut-il continuer à poser la question de la compatibilité de leur foi avec la république ou plus radicalement avec la nationalité française ?
Les lois en vigueur garantissent la liberté de religion et d’expression religieuse pour tous, en privé ou en public. Ceux qui veulent contester aux seuls musulmans ces droits inaliénables se trompent lourdement.
Nous appelons régulièrement nos coreligionnaires à bien faire leurs devoirs avant de faire valoir leurs droits, aujourd’hui, nous invitons nos concitoyens à tenir à l’écart l’extrémisme et le chauvinisme malsain.
Aussi, j’ai décidé de quitter la voie du classique discours, pour vous parler, directement, de cœur à cœur.
Monsieur le Préfet, Monsieur le Député Maire, Mesdames, messieurs,
Une fois acquitté du paiement de ses impôts et des charges sociales, le citoyen français de confession musulmane est sollicité pendant plusieurs années à faire des dons pour construire son lieu de culte. L’état qui ne peut l’aider financièrement en vertu de la loi 1905, taxe tous ses dons (sadaqqa) qui servent à la construction de la mosquée de 19,6% de tva.
Ainsi sur un projet de mosquée moyen estimé à 5M€ on doit payer presque 1M€ de tva pour l’état. Mais pour collecter 1M€ il nous faut plusieurs années. Voilà ce qui explique que des projets durent 10 ans pour être finis.
Une fois terminée, il nous reste la lourde charge de l’entretien de ces bâtiments.
Actuellement des dizaines de mosquées sont en construction, en cette période économique difficile, ce sont des centaines de millions que la construction de mosquées injecte dans notre économie.
Nous sommes fiers d’avoir fini la construction de cette mosquée. Mais aussi fiers d’avoir participé à la restauration de l’Eglise Saint Médard, monument historique, patrimoine national, financée en partie par l’argent du contribuable à hauteur de 2 702 000€. La loi de 1905 avait été mal vécue à l’époque, elle avait retiré la lourde charge de l’entretien des églises au clergé.
Pourtant, quand on parle de cette communauté, ni son apport économique, ni ses efforts ne sont mis en valeurs par les différents responsables dans notre société. On préfère faire peur aux français en parlant d’occupation et des prières de rue. On persiste à stigmatiser les musulmans et leur religion et à les utiliser comme des boucs émissaires à tous les maux de notre pays. Est-ce vraiment la seule solutions pour gagner ?!
Nous aussi, avant de finir cette mosquée, nous avons prié dehors, dans le froid, sous la pluie ou dans la boue. Je vous assure que ce n’est pas un plaisir, ce n’est ni de la provocation ni du prosélytisme. C’est plutôt indigne de prier ainsi.
Nous avons bénéficié du soutien et de la confiance de nos compatriotes qui ne sont pas dupes et, pour la plupart, ne semblent pas prêts de sombrer dans l’islamophobie ou le racisme primaire.
Mesdames, messieurs,
Devancé par sa réputation de bon consommateur, l’endroit où le français de culture musulmane se sent considéré, c’est dans les centres commerciaux. Les gérants de ces enseignes vouent un grand respect pour les moments forts du calendrier musulman. Ils nous rappellent l’arrivé du ramadan, un mois à l’avance. Nous préparent notre mouton pour la fête de l’aïd, acceptent les femmes avec leur voiles simples ou intégrales, acceptent tout le monde sans distinction de race ou de religion, aucune pièce d’identité n’est demandée, on y trouve un rayon casher à côté du rayon (halal), j’ai mis halal entre parenthèses. On y trouve plein de livres ou d’articles en lien avec de la religion musulmane ou les autres religions.
C’est grâce à cette ambiance, ce climat de tolérance et de respect où tout le monde se côtoie sans aucun problème, que ces grandes surfaces ne cessent d’augmenter leurs chiffres d’affaires, de se développer et de se multiplier.
Dans les grandes surfaces, chaque race à sa noblesse. Personne ne se sent menacée par l’autre, ni le publique ni la République ?
Au préalable une mosquée comme la nôtre est un lieu de culte, qui donne à ceux qui le cherchent, le gout de Dieu et la joie de croire sans complexe ni arrogance. Nous voulons qu’elle soit aussi un lieu de rencontre pour la Communauté, un centre de vie et d’animations sociales et culturelles qui dépassent le seul rôle religieux.
Nous voulons que La Mosquée de Tremblay, désormais patrimoine communal, se situe dans ce cadre de ces monuments qui servent la cause de la paix, de la fraternité et de l'acceptation de l'autre en se basant sur une approche équilibrée et modérée. Autrement dit, tout le message de l'Islam clairvoyant et tolérant.
L’Islam n’est pas incompatible avec la laïcité car il partage avec elle un socle de valeurs qui rend possible la « cohabitation », voir l’enrichissement mutuel.
Cette tolérance est concrétisée sur le terrain par l'ouverture de la mosquée à tous, sans distinctions de croyance ou de non croyance. Les deux journées portes ouvertes du 22 et 23 janvier dernier, ont attiré des centaines de nos concitoyens qui attendaient avec impatience qu’on leur ouvre la porte du plus beau bâtiment de Tremblay, selon leur dires. C’est avec un grand plaisir que nous avons prolongée les heures de visite jusqu’à 19h initialement prévues jusqu’à midi.
Pour conclure, Un jour viendra où l’islam fera partie du paysage. Un jour viendra où toute l’année ressemblera à nos deux journées de portes ouvertes, la situation s’apaisera et se normalisera. L’intelligence et la raison de nos frères dans l’humanité finiront toujours par prendre le dessus. Nous y croyons.
En terminant, je voudrais qu'ensemble, toutes et tous, nous prions du fond de notre cœur, pour que notre pays, cultive à jamais la concorde la paix et le respect. Amine !